Cancer : des cellules immunitaires libèrent une molécule thérapeutique

Utiliser des cellules immunitaires équipées pour cibler spécifiquement et détruire certains lymphomes est une pratique acquise. Or, des chercheurs français et américains sont allés plus loin. Ils ont en effet démontré que ces cellules peuvent aussi introduire dans la tumeur une molécule d’intérêt médical et ainsi obtenir de meilleurs résultats que les cellules immunitaires classiques.

Le lymphome folliculaire est l’un des cancers du sang les plus fréquents avec 3 à 4 000 nouveaux cas par an. Les chercheurs ont identifié, dans ce type de lymphome, des altérations génétiques fréquentes qui aboutissent à une perte d’expression de la molécule Herpesvirus entry mediator (HVEM). Or, lorsqu’elle est normalement exprimée, la molécule HVEM se lie à un récepteur inhibiteur (BTLA pour B-and T – lymphocyte attenuator) sur les cellules immunitaires. Les lymphocytes B limitent alors le développement du lymphome. Les scientifiques ont montré, dans le cadre d’un modèle murin, qu’un déficit de cette molécule accélère le développement de la tumeur. Par ailleurs, ils ont prouvé que l’absence d’HVEM stimule le recrutement et l’activation de cellules à proximité du lymphome : celles-ci développent une niche tumorale qui constitue un véritable microenvironnement de soutien à la tumeur.

L’efficacité supérieure des cellules immunitaires modifiées

En laboratoire, l’utilisation de la molécule HVEM permet à la fois de bloquer l’activation des cellules cancéreuses et des cellules du microenvironnement de soutien à la tumeur. Cependant, cette stratégie n’est pas directement utilisable chez les patients. Il faudrait en effet insérer cette molécule directement au sein des tumeurs.
Dans cette perspective, les chercheurs alors eu l’idée d’avoir recours à des cellules immunitaires modifiées (CAR-T), actuellement utilisées, avec des résultats très prometteurs, lors de nombreux essais thérapeutiques. Ces cellules sont collectées chez les patients puis équipées d’un récepteur qui les cible spécifiquement sur la tumeur. Les chercheurs ont également introduit dans ces cellules le gène codant pour la molécule HVEM soluble. Grâce à cette stratégie, ils ont obtenu une efficacité supérieure à celles des cellules immunitaires classiques pour éradiquer les tumeurs chez la souris.
Les résultats de cette expérimentation, qui introduit le concept de micro-pharmacie, ont été publiés dans la revue scientifique Cell, le 6 octobre 2016.